UNE INTERVIEW DU SAIAN AU SUJET DES VIOLENCES URBAINES ACTUEL:
L'explosion dans les banlieues ces dernières semaines n'est finalement pas surprenante. Vous en pensez quoi de cette espèce de guerre civile ?
C'est plus l'anarchie que la révolution. Dans le cas présent, il n'y a aucun leader ni figure emblématique. Il manque un leader, un porte-parole. Non pas pour faire la guerre mais pour rassembler et représenter. Les hommes politiques seraient face à une force politique possible, chose que nous n'avons pas en cité actuellement mais il faut remonter beaucoup plus loin qu'à deux ou trois ans.
Vous n'êtes pas surpris ?
Pas du tout. À notre niveau, quand tu vis dans une cité, tu ne sens pas du tout la politique d'intégration prônée par le gouvernement depuis vingt ans. Franchement. Nous avons tous vécu les mêmes choses, les mêmes frustrations alors que nous ne venons pas des mêmes cités. Nous sommes tous pareils dans l'inégalité. Les plus jeunes n'ont plus aucun espoir. C'est ça qui est flippant. Nous, nous tournons autour des 26, 27 ans ; certains d'entre nous ont des enfants et nous avons le sentiment que les gamins n'ont pas le même recul que nous.
Vous pensez que des gens comme Zidane, Jamel ou Kool Shen peuvent servir d'exemples pour les mômes des cités ?
Ça nous saoule. Il ne faut pas avoir honte de travailler à la poste ou au fast-food du coin. Au contraire. C'est un cercle vicieux. Nous n'avons pas le droit à la médiocrité parce que nous ne sommes pas Français, donc, pour vraiment exister aux yeux des autres Français, il faut être extraordinaire. Tout ce qu'on nous dit depuis que nous sommes nés, c'est : « Il faudra que tu fasses deux fois mieux que les autres. »
Pourtant, pour plein de gamins, vous faites figure d'exemple. Le rap, comme le foot ou l'humour, est un moyen de s'en sortir ?
Nous n'avons pas envie de servir d'exemple aux jeunes Arabes, par exemple. Le rap n'a pas de couleurs, nous n'avons pas envie de nous « ghettoïser ». Nous aurions pu être tous Blancs et avoir le même état d'esprit. Jamel Debbouze ne doit pas servir d'exemple qu'aux jeunes Beurs.